Cadmium dans les engrais phosphatés : l’Assemblée Nationale vote une baisse drastique des seuils

Ce mercredi 3 juin, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture, par 144 voix contre 22, une proposition de loi visant à réduire l'exposition des Français au cadmium. Un vote large adopté contre l'avis du gouvernement. Le sujet, longtemps confiné aux cercles scientifiques, est désormais entré dans l'arène législative. Il concerne directement le monde agricole, et il est temps d'en comprendre les enjeux.
Un constat sanitaire sans ambiguïté
Le déclencheur de ce débat est un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), publié le 25 mars 2026 : 47,6 % des adultes français présentaient en 2025 des niveaux d'exposition au cadmium dépassant les valeurs toxicologiques de référence. Chez les enfants, la proportion atteint 23 à 27 %. La France est, de loin, le pays européen le plus touché.
Ce n'est pas un phénomène récent : dès 2021, l'étude Esteban de Santé publique France avait montré que les niveaux de cadmium chez les Français avaient presque doublé en dix ans, atteignant des valeurs 3 à 4 fois supérieures à celles observées chez nos voisins européens ou en Amérique du Nord.
Le cadmium est reconnu comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 1993. Il s'accumule dans les reins, les os, et ne peut être éliminé naturellement par l'organisme. Il est associé à des troubles rénaux, de l'ostéoporose, des effets cardiovasculaires et neurodéveloppementaux.
La principale voie d'exposition est alimentaire : le pain, les pâtes, les pommes de terre et le riz concentrent jusqu'à 98 % de l'imprégnation des Français à ce métal.
La source : les engrais phosphatés
Ce métal est une impureté naturelle présente dans les roches phosphatées dont sont extraits les engrais minéraux phosphatés. Une fois épandu sur les sols agricoles, il s'accumule dans les couches superficielles, est absorbé par les cultures (céréales, légumineuses, tubercules) et se retrouve dans les aliments.
Selon l'Inrae, les engrais phosphatés représentent 60 à 75 % des apports en cadmium dans les sols agricoles français. La situation française est aggravée par deux facteurs : le pays importe environ 95 % de ses engrais phosphatés, dont près de 40 % en provenance du Maroc, des roches phosphatées qui figurent parmi les plus riches en cadmium au monde. Et la limite maximale autorisée en France reste à 90 mg de cadmium par kilogramme (d'anhydride phosphorique, P₂O₅), quand la norme européenne est déjà à 60 mg/kg, et que plusieurs États membres (Finlande, Hongrie, Slovaquie, Roumanie) appliquent déjà le seuil de 20 mg/kg.
Ce que dit le texte adopté
La proposition de loi fixe deux paliers pour les engrais phosphatés épandus sur les sols français :
- 40 mg/kg au 1ᵉʳ janvier 2027
- 20 mg/kg au 1ᵉʳ janvier 2030
C'est la trajectoire que l'Anses recommande depuis 2021 pour maîtriser l'accumulation chronique de cadmium dans les sols et, à terme, réduire l'exposition de la population.
Le gouvernement défendait de son côté une trajectoire moins ambitieuse : descendre à 60 mg/kg en 2027, puis 40 mg/kg en 2030, en mentionnant un risque pour la compétitivité agricole française.
Le texte doit désormais passer au Sénat, et le gouvernement doit prendre les décrets d'application.
Ce que cela signifie pour les pratiques agricoles
Le vote de ce texte est un signal fort : la pression réglementaire sur les intrants chimiques, et notamment les engrais minéraux, va s'intensifier. Ce tournant réglementaire n'est pas une surprise : dès 2019, l’Anses préconisait de plafonner l’apport de cadmium à 2 grammes par hectare et par an. En pratique, pour des engrais minéraux phosphatés, cela correspond précisément à une teneur maximale de 20 mg de cadmium par kilo de P₂O₅.
Pour les agriculteurs, c'est à la fois une contrainte et une opportunité de repenser leurs pratiques de fertilisation. Pour les négoces et coopératives, cette transition représente un défi d'approvisionnement majeur en engrais conformes, souvent plus coûteux. Les biosolutions deviennent alors un levier de flexibilité pour sécuriser les rendements tout en optimisant les unités de P₂O₅ apportées.
En effet, en améliorant l'efficacité de l'absorption du phosphore par les plantes il est possible de mécaniquement réduire les doses d'engrais phosphatés nécessaires. C'est là qu’intervient la souche de Bacillus amyloliquefaciens d'Agricells Growth®. En sécrétant des enzymes, elle solubilise le phosphore bloqué dans le sol pour le rendre directement assimilable par les racines. Valoriser ce capital déjà présent dans le sol permet de réduire l'apport de nouvelles unités d'engrais minéraux riches en cadmium, sans sacrifier le rendement.
Conclusion
Le vote de l'Assemblée nationale sur le cadmium marque un tournant. La France, longtemps en retrait par rapport aux standards européens sur ce sujet, amorce une mise à niveau que le rapport de l'Anses, publié en mars 2026, a rendue politiquement nécessaire. Le débat n'est plus de savoir si les seuils doivent baisser, mais à quelle vitesse.
La trajectoire législative est désormais tracée : moins de cadmium dans les engrais phosphatés, plus vite que ce que le gouvernement souhaitait. Pour les agriculteurs, les coopératives et les négoces, cela signifie une transformation inévitable des pratiques de fertilisation. Les solutions agroécologiques et biotechnologiques disponibles aujourd'hui, dont les biostimulants, ne sont plus des options parmi d'autres. Elles font partie de la réponse.
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